ENTREZ LIBRES
10 Février 2007
Encore un peintre autrichien, il est né le 12 juin 1890 à Tulln, une petite ville proche de Vienne.

Son père est chef de gare, presque toute sa famille travaille aux chemins de fer. Il en gardera toute sa vie une passion pour les trains.
En 1902, son père est mis prématurément à la retraite pour cause d'aliénation mentale.
Dès l'enfance, Egon montre des dons pour le dessin; il est vivement encouragé dans cette voie par son père.
Malheureusement celui-ci décède en 1905. Le jeune Egon a tout juste 15 ans.
On peut facilement imaginer que la perte de son père l'a beaucoup choqué, survenu au moment de l'adolescence, elle devait marquer profondément son esprit, d'où probablement un certain goût pour le morbide que l'on retrouvera plus tard dans son œuvre.
À partir de ce moment sa vision du monde n'est plus tout à fait la même. Schiele, comme s'il voulait s'étourdir pour oublier, va peindre de nombreux tableaux, parmi lesquels figureront déjà les premiers autoportraits.
C'est maintenant son oncle Léopold qui devient son tuteur, et comme ce dernier travaille aussi aux chemins de fer, il souhaite que son protégé suive la seule voie possible : celle des chemins de fer.

Egon Schiele sait maintenant que sa vie sera consacrée à la peinture. Aussi grâce au soutien de sa mère, son tuteur accepte qu'il entre à l'Académie des Beaux-Arts de Vienne. Il en sera le plus jeune étudiant. Mais comme on peut s'en douter l'art académique n'est pas sa tasse de thé, ses professeurs le juge très moyen dans son travail. Le jeune homme est un révolutionnaire en puissance, sa façon de voir les choses n'a décidément aucun rapport avec celle de ses maîtres.

Une exposition importante va avoir lieu, à Vienne, exposition qui va permettre à Schiele de découvrir celui qui deviendra son maître et son ami, Gustav Klimt.
Dès 1909, époque à laquelle il quitte les Beaux-Arts, on voit poindre son style. Il a déjà fait de nombreux portraits, maintenant apparaissent ses personnages exsangues, qui ressemblent à des pantins désarticulés. Les corps sont maltraités, tordus, vus sous les angles les plus inattendus. Les membres sont raides, on pourrait croire qu'il a pris pour modèle Pinocchio.
Pour donner plus d'effet aux personnages, les fonds seront très souvent unis, le dépouillement est au cœur de sa peinture. Contrairement à Klimt, il n'y aura aucun effet décoratif. Le joli n'a rien à faire ici. Dans ses tableaux, le dessin et la composition ont certainement plus d'importance que la matière et la couleur.

La couleur parlons-en, il y en a très peu, du brun, du noir, du rouge et du vert. Ce sont les couleurs du cadavre. Souvent un cerne noir enferme le personnage.

Il commence maintenant une série de dessins érotiques, il peint aussi un grand nombre de nus.

En 1910, Egon Schiele s'installe à Neulenbach où il vit avec son modèle à la réputation sulfureuse, Valérie Neuziel, dite Wally. C'est l'époque où il compose ses premiers poèmes.

1912, il se voit condamné sous l'inculpation de détournement de mineur, de viol et d'immoralité publique. Il passe trois semaines en prison. Plusieurs de ses dessins sont confisqués. Cela l'encourage à faire des peintures de plus en plus provocantes.
Au cours de son passage en prison il réalise de nombreux dessins. La plainte étant retirée, il est libéré.

À partir de 1913, il va participer à de nombreuses expositions.
En 1915, nouvelle épreuve, sa compagne Wally le quitte. Le 17 juin de la même année, il se marie avec Edith Harms . C'est la guerre il est mobilisé d'abord à Prague puis à Vienne.
C'est en 1918 que vont être exposés des tableaux de Schiele à l'exposition de la Sécession Viennoise. Presque tous les tableaux exposés sont vendus.

Le 28 octobre 1918 sa femme est enceinte de six mois, atteinte de la grippe espagnole elle meurt, Egon Schiele atteint de la même maladie décède trois jours plus tard. Il a 28 ans.
Pour moi Schiele est le prototype de l'expressionniste allemand. J'ai parlé de ses personnages exsangues, les formes, ou plutôt les déformations sont anguleuses. Bien entendu le sujet est presque toujours provocant, certains qualifieront sa peinture d'obscène, pour ne pas dire pornographique. Il y a parfois ambiguïté sur la sexualité du modèle, chose qui dans les années 1900 ne pouvait que choquer la plupart des spectateurs. C'est l'équivoque qui provoque souvent une gène à la vue de ses tableaux. Je ne sais si vous l'avez remarqué ses mains ont une très grandes importances, presque toujours déformées, souvent elles se tordent. La plupart du temps elles sont disproportionnées, généralement trop grandes.
Schiele va signer ses tableaux en encadrant son nom et la date pour former un cartouche façon égyptienne, ou japonaise.
Encore un peintre qui nous a quittés trop tôt, j'aurais bien aimé voir la suite.