ENTREZ LIBRES
11 Novembre 2006

En 1933, le III° Reich a organisé un gigantesque autodafé : toute la littérature jugée contraire à l'esprit nazi y est passée. Vous vous souvenez peut-être du roman de Ray Bradbury, Farenheit 451; c'est le degré de température nécessaire à la destruction d'un livre.
Dans l'Allemagne nazie de 1933, il ne faisait pas bon avoir dans sa bibliothèque un livre de Bertolt Brecht ou d'André Gide. Des milliers d'ouvrages furent détruits par le feu.
Et une fois avoir détruit presque tous les livres subversifs, très peu en réchappèrent, on décida de s'attaquer aux œuvres d'art plastiques.

Vu l'état d'esprit de la population, qui dans sa majorité ne comprenait rien à l'Art Moderne, c'était très facile; il suffisait d'organiser une exposition ridiculisant les artistes.
C'est ainsi qu'en 1937 fut organisée à Munich une exposition des "arts dégénérés". Bien entendu, priorité aux artistes juifs.
Dans tous les régimes totalitaires la création est gênante car elle nous oblige à nous remettre en question et par la même occasion remettre en question l'ordre établi.

Adolphe Hitler, qui se prenait pour un artiste, nomma comme président de la "Chambre des Arts Visuel" un autre peintre "bidon" Adolphe Ziegler.
À peine installé dans ses fonctions, Ziegler va faire décrocher des cimaises des plus grands musées plus de 5.000 œuvres.
Ce serait trop fastidieux de vous en donner la liste complète, mais à titre indicatif voici les noms de quelques-uns des peintres mis au rebut : Braque, Chagall, Ensor, Ernst, Van Gogh, Gauguin, Kandinsky, Matisse, Munch, Picasso et tant d'autres…
17 tableaux de Klee seront présentés comme l'œuvre d'un schizophrène.
À compter de l'Impressionnisme tout ce qui pouvait se rattacher à un style était considéré comme dégénéré. Fauvisme, Dadaïsme, Cubisme, Expressionnisme, Futurisme, bref tout ce qui finissait par isme était systématiquement rejeté (sauf le nazisme…).
Revenons à Munich et à notre exposition des "arts dégénérés".
Adolphe Ziegler prit un plaisir machiavélique à organiser cette expo.
Il fallait que cette exposition ridiculise les peintres et sculpteurs d'avant-garde et par la même occasion permette au public de trouver des arguments contre l'Art Moderne.
À côté de chaque œuvre étaient affichées des citations de l'artiste. Bien entendu ces citations sorties de leur contexte ne voulaient plus dire grand-chose, ou semblaient faire passer le peintre pour un débile. Si par malheur on n'avait rien trouvé, on affichait quelques sentences du Führer, parlant du snobisme des intellectuels de Weimar. Dans ces textes, il était question de "juiverie", de "production de malades mentaux", d'escroquerie, je passe sur tous les adjectifs qui furent utilisés. Le but final étant bien de faire passer ces artistes pour des aliénés.
En dessous de chaque œuvre était indiqué le prix auquel elle avait été achetée, montrant ainsi comment avait été dilapidé l'argent du contribuable, permettant au visiteur d'avoir un argument de plus.
Certaines des œuvres exposées furent détruites. Pour les "restantes", on organisa une vente; les amateurs y firent des affaires en or, il fallait avoir le courage de s'y montrer, avec le risque que cela comportait. Les prix étaient ridiculement bas, le record fut atteint par un Van Gogh qui partit à un prix dérisoire, ce fut le peintre dégénéré le mieux coté.

Le projet Linz
Le projet prévoyait de faire de la ville de Linz la capitale mondiale de l'art, selon les critères nazis, bien entendu.
À Linz devait être rassemblées toutes les œuvres "récupérées" lors des pillages des musées et collections, en particulier en France. On se souvient des œuvres que Goering avait dans sa collection (souvenez-vous les faux Vermeer); ce n'était qu'un début.

Hitler qui donc se prenait pour un artiste ( à voir ses œuvres on se demande bien pourquoi ), avait dès le départ fixé les principes qui devaient régir l'art national-socialiste. Dans Mein Kampf, voici ce qu'il écrit : "Un artiste qui peint l'herbe en bleu est un menteur". On peut se douter qu'avec des principes de cet ordre l'art ne risquait pas d'évoluer. Les canons de l'art étaient fixés une fois pour toutes, et ne devaient en aucun cas être changés.

La plupart des artistes dont le régime souhaitait avoir le soutient quittèrent l'allemagne nazie, on se souvient du cas Fritz Lang. Klee se rendit à Berne. D'autres vont collaborer, particulièrement parmi les musiciens: Carl Orff, Richard Strauss, Herbert Von Karajan.
Le sujet que j'ai abordé aujourd'hui est vaste; comme je ne peux traiter tout ce qui à un rapport avec lui j'y reviendrai dans d'autres articles. J'aurais voulu vous parler du camp de Miles où furent conduits de nombreux artistes, dont Hans Bellemer.
Allez donc voir ce qui se passe en Corée du Nord en ce moment…
Sans doute le combat pour la liberté de l'Art ne sera-t-il jamais fini.