ENTREZ LIBRES
3 Décembre 2007
Ou si vous préférez sir Francis Bacon …
“Je crois que l’homme aujourd’hui réalise qu’il est un accident, que son existence est futile et qu’il a à jouer un jeu insensé.”
Francis Bacon
Francis Bacon est né en Irlande, à Dublin, le 28 octobre 1909. Prière de ne pas confondre avec le célèbre philosophe, et alchimiste sir Francis Bacon, ce dernier serait,, paraît-il, un de ses aïeux, c’est du moins ce qui se dit dans sa famille. Francis est le deuxième des cinq enfants. Son père, ancien militaire, est entraîneur de chevaux de courses.
C’est dans un petit village d’Irlande que Francis passera les premières années de sa vie.
Dès son plus jeune âge, Francis a régulièrement des crises d’asthme. Aussi pour « renforcer son caractère », son père ne trouve rien de mieux que de lui infliger des séances régulières de flagellations (si vous avez un enfant qui a de l’asthme, n’essayez pas, l’expérience a prouvé que ça ne marchait pas !). Lorsque les crises sont trop fortes, on lui donne de la morphine, le jeune Francis en réclame toujours plus…
Au moment où la guerre éclate (celle de 14), la famille part s’installer à Londres où son père a un emploi au Ministère de la Guerre.À la fin de la guerre, la famille « navigue » entre Londres et la maison qu’ils viennent de racheter en Irlande.
Pour la petite histoire, il est intéressant de constater que cette maison avait la majorité des pièces de forme arrondie, donnant sur le jardin. Forme que l’on retrouvera plus tard dans sa peinture.
Comme tout fils de bonne famille, Francis est maintenant pensionnaire dans un collège. Ses fugues seront si fréquentes qu’au bout d’un an il est contraint de quitter le fameux collège.Ses rapports avec sa famille sont très difficiles, c’est le moins que l’on puisse dire. Vers l’âge de seize ans, son père découvre Francis en train d’essayer les sous-vêtements de sa mère. Et comme Francis avoue son homosexualité (pour ça, le fouet non plus ça ne marche pas), la sentence va être très dure.
Mais comme son père veut avoir la conscience tranquille, il va confier l’éducation de son fils à un de ses amis, un certain Harcourt-Smith. Et vu le comportement du jeune Francis, comme il ne faut surtout pas que ses « préférences sexuelles » puissent salir l’honneur de la famille, on décide à l’unanimité d’envoyer le jeune « délinquant » en compagnie de son précepteur le plus loin possible. Berlin fera l’affaire.
Durant son séjour à Berlin, la mère de Francis, va, très certainement à l’insu du père, verser à son fils une pension de trois livres par semaine.
Bacon restera quelques mois à Berlin où, en compagnie de son « précepteur », ils passeront toutes les nuits à faire la tournée de tous les bars et les cabarets de la ville. Cette période a beaucoup marqué Bacon comme on aura l’occasion de s’en rendre compte par la suite !
Bien entendu, cela ne durera que quelques mois.
Francis n’a pratiquement plus de rapports avec sa famille, qui ne souhaite qu’une chose : ne plus entendre parler de lui. Il décide de se rendre seul à Paris pour quelques mois.
C’est à Paris qu’il va découvrir sa vocation, il commence à s’intéresser à la peinture. Il a bien fait quelques aquarelles, mais ça s’arrête là. Un jour béni des dieux, il entre « Galerie Rosenberg » et découvre le peintre qui le marquera à vie : Picasso.
À partir de là sa décision est prise, il sera peintre. Bacon n’ayant que peut de moyens réside « chez l’habitant », ce qui lui permet d’apprendre le français.
Après la découverte de Picasso, c’est celle de Poussin qui lui fera grosse impression (on peut comprendre).
En 1929, Bacon s’installe à Londres dans un garage qu’il va transformer en atelier. Il se déclare décorateur et va créer des meubles de verre et d’acier et aussi des tapis. Parallèlement, il commence à réaliser quelques peintures inspirées de Picasso et du surréalisme.
En fin d’année, il réalise une exposition dans son garage-atelier. Expo qui, comme on s’en doute, n’aura pas plus de visiteurs que de succès. Heureusement pour lui, il rencontre un homme d’affaire qui pendant quinze ans sera son mécène.
En tant que décorateur, Bacon commence à avoir une certaine notoriété ; le peintre Graham Sutherland lui achète des meubles, la revue Art Studio lui consacre un article.
Bacon se tourne de plus en plus vers la peinture, délaissant la déco qui ne l’intéresse pas beaucoup.
Ce n’est plus tout à fait la vie de bohème, mais Bacon vit d’expédients ; il est tour à tour : standardiste, cuisinier, valet de chambre…
En 1934, Bacon expose six peintures et sept gouaches dans la cave d’un de ses amis. Ce sera un « bide » total.
Bacon, découragé, va peindre de moins en moins et passer son temps à jouer dans les casinos.
Francis Bacon est toujours très influencé par les images et pas seulement dans le domaine de la peinture, le cinéma va beaucoup le marquer (Le Cuirassé Potemkine, entre autres). De nombreuses photos influenceront son œuvre, particulièrement un livre sur les maladies de la bouche largement illustré (là aussi voir l’influence de la bouche dans ses peintures).
En 1936, Bacon présente quelques œuvres à « l’Exposition Internationale du Surréalisme » à Londres. Ses œuvres étant considérées comme « pas assez surréalistes », sont refusées en bloc.
Son asthme vaudra à Bacon d’être exempté de service militaire.Bacon fréquente le peintre Graham Sutherland, chez qui il va rencontrer celui qui durant de nombreuses années deviendra son ami, Lucian Freud (je vous promets un article sur lui, car j’adore sa peinture), il en fera de nombreux portraits.En 1943, Bacon commence véritablement à se consacrer à la peinture. Il écrira : « C’est vers 1943/44 que j’ai vraiment commencé à peindre. Rien ne s’était vraiment coagulé jusqu’alors ».
Son entrée officielle dans le monde de l’art correspond avec l’exposition d’un célèbre triptyque intitulé « Trois études au pied d’une crucifixion » ; Francis a 36 ans, c’est sa première véritable expo.
L’année n’est pas propice à montrer ce genre d’œuvres, nous sortons de la guerre, les camps d’extermination sont encore dans l’esprit de chacun. Bref, on n’a pas envie de voir des horreurs… Le tableau sera acheté par Eric Hall qui en fera don à la Tate Gallery en 1953.
A près de quarante ans, Bacon va commencer véritablement un travail de peintre, c’est ce que nous verrons dans les articles suivants….
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