ENTREZ LIBRES
24 Janvier 2007
Vous n’êtes sans doute pas sans savoir que le surréalisme n’est vraiment pas ma tasse de thé. Pourtant il existe des exceptions, Victor Brauner en fait partie. Il est vrai qu’il quittera le groupe surréaliste et si a son époque on a pu l’assimiler aux surréalistes, c’est bien parce qu’à ce moment là il n’existait pas encore une école à laquelle il aurait pu appartenir. C’est tout à son honneur, cela veut dire tout simplement qu’il était en avance sur son temps.
Il est né en 1902 en Roumanie, dans le petit village de Piatra-Neamt dans les Carpates. Ambiance magique garantie, son père s’adonne au spiritisme, le jeune Victor participe aux séances. Déjà la Magie fait son entrée dans sa vie.
Victor Brauner va étudier la peinture à l’École des Beaux-Arts de Bucarest, d’où il sera très vite renvoyé à cause de ses œuvres jugées scandaleuses. Ça commence bien !
Jusqu’en 1930, il va participer à ce que l’on appellera le mouvement « Dadaïste Roumain ». Pour vivre, il collaborera à de nombreuses revues (en particulier UNU). Très marqué par les premières œuvres de Giorgio de Chirico et la peinture métaphysique, il va tout d’abord peindre de façon figurative des animaux plus ou moins fantastiques. Le côté magique commence déjà à apparaître dans son travail.
Attiré en France à la fois pour la bonne raison qu’il s’y passe beaucoup de choses sur le plan artistique et aussi parce que plusieurs de ses compatriotes, artistes, se trouvent à Paris, il y débarque en 1930.
Il est plutôt bien accueilli, d’une part, par son compatriote et ami Constantin Brancusi ; d’autre part il habite rue du Moulin Vert dans le même immeuble qu’Alberto Giacometti et Yves Tanguy. Très vite il va se lier d’amitié avec Benjamin Fondane que plus tard il introduira auprès du groupe des Surréalistes.
Toujours en 1930 il peint un autoportrait à l’œil énucléé.
En 1932, il adhère officiellement au groupe des Surréalistes.
1933, rencontre avec René Char.
1934, son art évolue de jour en jour, il pratique le dessin automatique cher aux surréalistes. Peint de très nombreux tableaux où le thème de l’œil revient sans cesse.
Toujours en 1904, Victor Brauner s’inscrit au Parti Communiste clandestin de Roumanie, qu’il quittera au moment du procès de Moscou.
1938, est-il besoin de dire que pour Brauner la vie n’est pas facile ; durant quelques temps il va habiter chez Yves Tanguy (tient, celui-là aussi, il faudra que je vous en parle). Ensuite il aura son atelier Villa Falguière.
Toujours en 1938, pour être précis le 28 août, au cours d’une altercation entre Dominguez et Esteban Frances, Victor Brauner perd l’œil gauche (sur l’autoportrait de 1930 c’était l’œil droit). Il est tout de même curieux de constater que dès 1930 et jusqu’en 1934 Brauner sera obsédé par le thème de l’œil. Coïncidence diront les rationalistes…
1940, en temps que Juif et Roumain, Brauner est assigné en résidence surveillée, il se réfugie à Marseille , mais il reste en rapport avec les surréalistes.
1941, Brauner est maintenant très gravement malade, il n’a pas grand chose pour survivre. Il va s’installer près de Gap. C’est à cette époque qu’il commence, faute de moyens, ses premiers dessins à la bougie, ce qui bientôt donnera naissance aux peintures à la cire.
Jusqu’en 1943, Victor Brauner va vivre très difficilement ; durant toute cette période il pratiquera la peinture à la cire.
1945, avec la fin de l’occupation, Brauner « remonte » à Paris où il trouve un atelier dans une maison qu’avait habitée le Douanier Rousseau. Pierre Loeb lui consacre une exposition (galerie Pierre, pour ceux qui ne le sauraient pas).
1948, Victor Brauner est de plus en plus malade, il séjourne quelques temps en Suisse.
Première exposition personnelle à Paris chez Drouin. Jusqu’à maintenant Brauner fait toujours officiellement partie des Surréalistes. Les Surréalistes, à la demande d’André Breton, décident de se séparer de Matta. Comme Brauner est très ami avec lui (ils feront même œuvre commune), il refuse cette exclusion et du coup donne sa démission du groupe.
Vers les années cinquante, il séjourne dans le midi, d’abord à Golfe-Juan, puis à Vallauris où il créera quelques céramiques, (Picasso avait lancé la mode).
En 1959, Brauner passe quelque temps à Paris, il a un atelier rue Lepic.
1961, il s’installe à Varengeville, petite ville de Normandie chère à Georges Braque. Sa maison s’appelle : « l’Athanor ». Matériellement les choses vont mieux pour lui, il crée de nombreux tableaux sur toile avec des ajouts en bois découpé.
1965, la France qui a enfin reconnu le génie de l’artiste, le choisit pour la représenter à la Biennale de Venise. Le 2 mars Victor Brauner meurt, comme on dit pudiquement, d’une longue maladie, il a soixante-trois ans.
Ce qui est le plus frappant dans l’œuvre de Brauner c’est le coté « magique » qui se dégage de la plupart de ses tableaux. Victor Brauner a aussi beaucoup écrit, son œuvre poétique est relativement peu connue. La quasi-totalité de ses manuscrits est conservée au Musée National d’Art Moderne de Paris.