
Peinture BMC – De la série “La guerre”
Technique mixte – 110 x 75 cm.
Moi, Président de la République, Je répondrai à la lettre de Boris Vian :
Cher Monsieur,
Je viens seulement de recevoir votre lettre, elle avait été malencontreusement oubliée par mes prédécesseurs tout au fond du tiroir gauche du bureau du Général De Gaulle.
Moi, Président de la République, vous n’avez aucune crainte à avoir. Il vous fallait partir avant mercredi soir, ce temps est passé depuis déjà longtemps.
Moi président de la République j’interdirai la guerre. Vos papiers militaires, faites-en l’usage que vous jugerez opportun, (ne comptez pas sur moi pour vous dire lequel, ma fonction m’interdit certains écarts de langage). Ils n’ont plus cours de nos jours.
Moi, Président de la République, je crois aux forces de l’Esprit, aussi permettez-moi de m’adresser à tous vos chers disparus, votre père, vos frères votre mère, votre femme, vos enfants : Si les Français veulent bien m’en donner mandat, je leur rendrai la vie.
Moi, Président de la République, vous n’aurez plus à mendier sur les routes de France de Bretagne en Provence. Moi, Président de la République j’établirai une pension pour tous les anciens déserteurs.
Moi, Président de la République, vous n’aurez plus rien à craindre de mes gendarmes, je remplacerai leurs armes par des pistolets à bouchons.
Enfin, si vous voulez bien accepter cette fonction : Moi, Président de la République je vous nommerai ministre des anciens déserteurs.
Dans l’attente d’une réponse favorable, je vous prie d’accepter, cher Monsieur, l’expression de toute ma considération.
Moi, Président de la République, je me casserai vite fait et laisserai ma place à François Hollande qui le fera tellement mieux que moi.
LE DESERTEUR
Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C’est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m’en vais déserter
Depuis que je suis né
J’ai vu mourir mon père
J’ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j’étais prisonnier
On m’a volé ma femme
On m’a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J’irai sur les chemins
Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d’obéir
Refusez de la faire
N’allez pas à la guerre
Refusez de partir
S’il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n’aurai pas d’armes
Et qu’ils pourront tirer
Boris Vian.
✍✍✍✍


















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jacques constans 05/05/2012
rOm12322 06/05/2012
le journal de personne 18/05/2012